Les low-tech, une alternative soutenable
Crédit photo: Low-tech Lab

Les low-tech, une alternative soutenable

Avez-vous déjà entendu parler des inventions suivantes ? Le four Solaire, la marmite norvégienne, le mixeur à pédale. les toilettes sèches, le bokashi, le pyrolyseur de plastique ou encore le chauffe-air ? Ce sont toutes des low-tech. Créées à partir de matériaux simples ou de récup, ils permettent de remplacer un produit souvent high-tech et beaucoup plus énergivores. 

Puisque les low-tech sont synonymes d’économie d’énergie et de ressources, nous nous devions de leur dédier un article. Nous sommes donc aller rencontrer le Low-tech Lab. Une association qui répertorient ces inventions à travers le monde, et dressent des tutoriels pour y donner accès à tous.

Pour découvrir en quelques lignes ce que sont les low-tech, opposées aux high-tech, rendez-vous dans notre WikiScience.

Low-tech Lab, les irréductibles projets

Direction la Bretagne pour découvrir les low-tech. Nous avons rendez-vous avec Antoine qui travaille au Low-tech Lab de Concarneau. Nous avons découvert le Lab en suivant le projet Nomade des Mers qui sillonnent le globe à la recherche de projets low-tech qu’ils ajoutent à leur catamaran. Cette association représente pour nous une mine d’or d’information.

A notre arrivée, nous sommes accueillis par le chien de garde qui vient demander des gratouilles. Puis par Antoine, qui nous accueille en nous expliquant d’emblée les différentes raisons d’être de ce lieu qui héberge plusieurs associations et entreprises. Nous avons le temps de remarquer diverses ébauches de projets; des plaques en fibres bio-composite, un filtre à eau, un four solaire… Et des photos magnifiques des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) qui ont été réalisées lors d’une mission du photographe Benoit Stichelbaut.

Présentations du Low-tech Lab

Nous nous installons sur une table sous une photo de l’île Saint Paul, à l’écart du bruit. Mélanie nous a rejoint pour apporter ses connaissances à notre interview.  » Je suis en train de finir mes études d’ingénieur et je suis ici en césure pour 6 mois » commence Mélanie.  » Je m’occupe de tout ce qui est diffusion des low-tech. Après qu’on les ait documentées sur le site, on cherche comment les diffuser plus largement « . Malgré l’importante base de données du Low-tech Lab, il est encore nécessaire de communiquer sur ces technologies peu énergivores afin d’y donner accès au plus grand nombre. 

Locaux de Explore et photographies des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) par le photographe Benoit Stichelbaut.

Je commence à comprendre pourquoi Mélanie et Antoine se sont retrouvés au Low-tech Lab. Tous les deux ont fait des études d’ingénieur généralistes. Malgré des études qui les ont poussés à chercher des solutions complexes et high-tech, ils ont tous les deux cherchés à savoir si c’était possible de faire autrement.  » Je veux que l’on réfléchisse à comment on peut limiter l’impact des produits de consommation sur l’environnement. Que ce soit pour la production d’énergie, production de chaleur…  » continue Antoine. Car en effet, les low-tech sont peu énergivores, demandent peu de ressources et sont durables.

Basé sur les principes d’open source pour plus de partages

« Pour moi, qui aime beaucoup bricoler, ces solutions sont très inspirantes » rajoute Antoine. Et l’on peut dire que c’est ça la force des low-tech ; ce sont des inventions qui ne nécessitent pas de compétences techniques. La plupart des inventions que le Low-tech Lab a recensé dans sa base de données ont été inventées dans les garages de bricoleurs curieux. Motivés de se passer des solutions coûteuses et énergivores existantes sur le marché de consommation. Antoine, qui s’occupe du pôle Low-tech Explorer, est en charge de l’accompagnement des chercheurs de low-tech, en France ou au bout du monde, pour les aider dans leur mission: documenter les inventions afin de créer des tutoriels (texte ou vidéo) afin que tout le monde puisse les reproduire. « Afin de diffuser au mieux les idées et de les améliorer, nous avons fait le choix de l’open-source » conclut Antoine.

Le wiki du Low-tech Lab, riche en tutoriel open source pour tous les gouts

L’open source n’est pas seulement stratégique pour diffuser les innovations. Cela aide également à l’amélioration des solutions de manière continue. Tout le monde peut les tester dans leur environnement et l’adapter pour qu’il fonctionne au mieux au sein de ce dernier. C’est cette collaboration qui fait la force des low-tech. 

Le Low-tech Lab, qui, comment, où ?

            L’association qui a été créée en 2013, compte aujourd’hui 15 personnes. Il y a 6 salariés, le reste étant des services civiques, des stagiaires et des bénévoles. Ils se partagent les trois grands projets qui sont en cours :

  • Nomade des Mers. C’est un projet de tour du monde en bateau à la recherche des initiatives low-tech. Le but est d’aménager le catamaran avec ces solutions low-tech afin de le rendre autonome. L’équipage du bateau va à la rencontre des créateurs de projets low-tech afin de comprendre ces solutions et le documenter pour en faire des tutoriels. Actuellement, le bateau est au Mexique. Il doit passer le canal du Panama avant de rentrer à Concarneau.
La maquette du catamaran Nomade des Mers
  • Agami. C’est un projet qui a comme objectif de construire un concept car composé en fibres naturelles. La voiture partira de Madagascar et remontera l’Afrique à la recherche d’initiatives low-tech. C’est également un moyen de tester la résistance mécanique et la durabilité des matériaux. Lors de ce projet, l’équipe va chercher à rencontrer des initiatives qui ont développé des modèles économiques autour de la low-tech. Ils cherchent notamment des initiatives dans les domaines de la santé, de l’alimentation, du numérique, des matériaux. Ils ont monté un partenariat avec Karenjy. Le départ est prévu pour juin ou juillet 2020.
Modèle de la voiture Low-tech du projet Agami
  • En Quête d’un Habitat Durable. C’est un projet qui a pour but de montrer que c’est possible de construire une maison économe, en s’inspirant des low-tech. Le tout sans dépenser trop d’argent. L’équipe à construit une tiny house en répondant à tous les besoins d’une maison classique. Les low-tech qu’ils utilisent ont toutes été trouvées lors d’un tour de France effectué par l’équipe. Ils ont pu compiler une quinzaine d’inventions low-tech compatible avec l’habitat occidental (chauffe-eau solaire, poêle de masse, phyto-épuration, panneaux solaires). Pierre Alain et Clément ont vécu dans cette tiny house pour expérimenter ces inventions. Ils ont ensuite rédigé un rapport détaillé de cette expérimentation (à lire ici).
Tiny House « En quête d’un habitat durable » Crédit: Low-tech Lab

Une communauté internationale

En plus de ces grands projets, le Low-tech Lab est une communauté d’associations locales (Low-tech Lab à Grenoble, Paris, Marseille). En s’implantant localement, la communauté Low-tech Lab espère pouvoir mieux répondre aux problématiques locales. De plus, la communauté des Low-tech Explorer permet également de recenser des initiatives à travers le monde. Cela permet au Low-tech Lab de développer la communauté à l’international (en Grèce, en Belgique, au Canada).

La communauté low-tech en Grèce (Low-tech with Refugees) est un projet particulier. En effet, Mélanie nous explique que ce projet a lieu sur l’île de Lesbos dans un camps de réfugiés. Cela permet aux réfugiés de mettre en valeur leurs compétences et leurs savoirs. Cela permet aussi de leur donner une activité en attendant les démarches administratives. Une initiative qui permet de tester les projets low-tech dans ces camps de réfugiés qui ont besoin de solutions peu coûteuses pour leur donner une vie décente. 

Répandre la Low Tech Mania

Comment faire pour que les solutions soient adoptées par le plus grand nombre ? Low-tech Lab a la réponse : elles doivent être simples, accessibles et durables. Les inventions low-tech sont des objets techniques qui répondent à des besoins de base en étant le plus simple possible. Cela concerne autant l’énergie requise pour les construire, pour les faire fonctionner et les matériaux qui les constituent. Le tout bien sûr en ayant l’impact environnemental le plus faible possible.  » Les low-tech sont, en général, des trucs que l’on peut faire soi-même, nous explique Mélanie, comme il faut que ce soit des produits accessibles, il faut dans la mesure du possible que chacun puisse le faire chez lui. « 

Même si certaines inventions low-tech peuvent paraître compliquée à construire pour un non initié, le Low-tech Lab cherche à créer des tutoriels détaillés pour permettre à chacun de construire soi-même son invention low-tech.  » On décompose au maximum les étapes en y ajoutant des petits points techniques (soudure par exemple) et on décrit au mieux les composants, comment ils fonctionnent pour que ce soit accessible à tous  » commence Mélanie.  » inutile de trop s’attarder sur comment fonctionne chaque composant (son fonctionnement physique ou chimique). On va plutôt dire c’est une boîte noire, faut la placer comme cela. Si on la met avec ce composant ça va donner tel résultat  » termine Antoine.

En choisissant de ne pas expliquer directement le fonctionnement de chaque composant, le Low-tech Lab permet de rendre plus simple l’assemblage de solutions low-tech. Cette vulgarisation demande beaucoup de travail mais permet à Antoine et Mélanie de se mettre à la place des utilisateurs qui ne connaissent pas la technologie et de rendre cette dernière plus accessible.

Des low-tech pour tous les goûts?

            Les inventions qui sont recensées sur le site du Low-tech Lab vont du très simple (les toilettes sèches par exemple), à des solutions plus compliquées (pyrolyseur à plastique, éolienne fait maison). Mélanie nous détaille le fonctionnement d’un filtre à eau en argile. « On mélange de l’argile et de la sciure et on fait cuire ça en lui donnant une forme de filtre. En cuisant, la sciure brûle et créer des micro-pores dans la céramique. Ces pores vont filtrer l’eau et empêcher les bactéries de passer. » En voilà une invention que l’on pourrait utiliser dans notre van !

Schéma du filtre à eau en céramique disponible sur le wiki du Low-tech Lab

            Mélanie et Antoine nous expliquent que les low-tech peuvent être très surprenantes. « Je ne sais pas si vous avez entendu parler de ça, mais on a trouvé comment faire du cuir de champignon » détaille Mélanie. Ah, alors celle-là je ne m’y attendais pas. Encore du cuir de poisson j’en avais entendu parler, mais de champignon, jamais ! 

Sur le wiki du LowTechLab, un tutoriel pour réaliser du cuir de Kombucha (bacteries)

           Des domaines d’applications infinis

 Antoine nous précise que les domaines d’application des low-tech sont extrêmement variés. Bien que le domaine de l’alimentation et de l’énergie soient les plus propices. Car les low-tech sont surtout synonyme de sobriété énergétique et technologique. Même si la plupart sont, comme leur nom l’indique, low-tech, certaines en revanche nécessite une technologie pour garantir le résultat. Le pyrolyseur de plastique requiert des outils pour mesurer la température de fonte des plastiques pour en tirer essence et gasoil.

            « C’est vrai que l’on dit souvent que c’est sous contraintes matérielles et financières qu’on innove ; du coup que l’on trouverai plus de low-tech dans les pays en voie de développement. Mais on a pu vérifier que dans les pays développés, il y a plein de gens qui réfléchissent à comment devenir plus autonome en limitant leur impact sur l’environnement. » nous explique Antoine. Comme quoi, même quand on a de l’électricité en abondance, des fonds à gogo, on peut quand même chercher la sobriété technologique.  

un Bokashi (compost) et un four solaire qui pourrait facilement trouver une place dans votre maison

Les missions futures du Low-tech Lab

            Malgré de nombreux projets déjà en cours, Antoine et Mélanie se penchent déjà sur les projets à venir avec leurs collègues.  » Travailler sur le côté désirable des low-tech  » commence Antoine. En effet, les low-tech sont perçues comme un système D, peu attrayantes, faites de bric et de broc.  » Dans l’imaginaire des gens y a des bouts de ficelle ou du scotch, ils le voient comme pas durable alors que ça l’est. La piste de travail c’est de réfléchir avec des designers et des ingénieurs pour rendre ces produits plus désirables  » rajoute-t-il. Car malgré l’intérêt des low-tech, certains des projets aurait bien besoin d’une petite touche cosmétique pour les rendre aussi séduisants que leurs concurrents high-tech.

            Le Low-tech Lab est en contact avec des écoles d’ingénieurs.  » Les étudiants de 3ème année à Brest ont été très intéressants, et ont montré beaucoup d’intérêt ! « . La nouvelle génération donnera sûrement un nouveau souffle pour aider à démocratiser les low-tech. Grâce à sa communauté et à son réseau, le Low-tech Lab peut réussir à diffuser plus largement la réflexion low-tech.

Low-tech Explorer

             Cette réflexion résonne en nous! Notre projet en van est de trouver des solutions durables mais également de trouver un moyen de les rendre désirables pour tous. Peut-être réussirons nous à trouver sur la route un designer qui saura donner peau neuve aux low-tech ! En tout cas, c’est décidé, nous acceptons la propostion d’Antoine. Nous faisons maintenant partis de la famille des Low-tech Explorer. Une autre façon pour nous d’ajouter notre savoir et nos découvertes à cette belle aventure.

Envie d’en apprendre plus sur les low-tech c’est par ici: Le wiki du Low-tech Lab

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