Expérimenter la Permaculture à l’Oasis de Serendip

Expérimenter la Permaculture à l’Oasis de Serendip

Dimanche 6 juin, nous avons eu le plaisir de rencontrer Samuel et Jessica Bonvoisin, de l’Oasis de Serendip. Découvrir des lieux comme cette Oasis est très important pour nous. Ceux sont autant d’exemples qui montrent que la transition vers un futur soutenable et souhaitable est possible. Nous avions contacté Samuel dans le but d’en apprendre plus sur la permaculture. Et comme d’habitude, on a appris bien plus que ça! On vous fait découvrir ce joli tiers- lieu, et son maitre-mot: la Serendipité, « l’art de trouver ce qu’on ne cherchait pas mais que la vie nous apporte ».

Un lieu où l’on construit avec le vivant, fondement de la permaculture.

L’Oasis de Serendip est la première Oasis que nous visitons. Pour Samuel, c’est un éco-lieu où « On n’arrête de lutter contre le vivant et on construit avec lui ». C’est un état d’esprit qui résonne en nous depuis un certain temps. Et voilà une rencontre de plus qui nous fait mettre des mots sur nos sensations. J’ose: un bel exemple de Serendipité.

Un peu d’histoire.  

Samuel a grandi dans une ferme où est né sa passion pour l’agronomie, et ses questionnements sur le vivant. Ses études d’ingénieurs agronomes ne lui ont pas permis de trouver les solutions aux problèmes qu’il observe, ni les outils pour y répondre. 

C’est par hasard qu’il entrevoie un début de réponse, avec la découverte de la permaculture dans une association de jardin. A la suite de sa première formation en permaculture il découvre que « la permaculture ça n’a rien à voir avec une technique de jardinage. Mais tout à voir avec exactement ce que je cherchais; un commencement de réponse à toutes les questions que le monde se pose et un bout de réponses pour y répondre efficacement ». A partir de là, il se concentre sur ce qui le passionne vraiment : l’agronomie du vivant, l’alimentation et l’écologie. Il se forme grâce à des rencontres et des expériences variées qui va le mener petit à petit à l’idée de créer un Eco-lieu.

Comment est né l’oasis ? 

En 2013, après 4 ans de réflexion sur la création d’un écolieu, Samuel et Jessica arrivent en Drôme avec leur projet d’écolieu vivant. Ils ont pris le temps de murir le projet, étape indispensable selon eux. Ils souhaitaient trouver un lieu qui ne les limiteraient pas dans leur capacité à «faire pour le vivant». Après quelques péripéties, ils achètent une ancienne ferme en friche de 12 Ha dans la basse vallée de la Drôme qui verra naître leur belle Oasis. Un lieu qui répond à l’appel de Pierre Rabhi et ses Oasis dont les grands fondements sont : Autonomie alimentaire – sobriété énergétique – mutualisation – souveraineté de chacun – transmission et ouverture sur le monde. 

« A quel moment dans votre vie vous êtes en train de faire pour et vous vous levez le matin en construisant réellement des choses ? Et à quel moment vous êtes en train de protester, contester, lutter contre, empêcher de »

Citation d’un formateur en perma. 

Au cours de l’aventure, Samuel se passionne pour la permaculture humaine. Cela l’a beaucoup aidé à piloter le projet d’Oasis et à clarifier les intentions collectives et individuelles dans le projet. Il utilise notamment des outils tels que la psychologie sociale, la communication non violente (CNV), la pyramide de Maslow, le Précieux facteur humain (PFH)…  

« Même si tu es un super crack de la permaculture et que tu es capable de sortir des milliards de tonnes de carottes sur 3 cm2, la réussite de ton projet elle repose avant tout sur le fait que les gens qui portent ce projet s’épanouissent et travaillent ensemble » 

Samuel Bonvoisin

Place à la visite de l’Oasis

            Pour nous, parisiens de formation, autant vous dire que nos connaissances en jardinage et en permaculture ne sont pas énormes et tiennent surtout des livres que nous avons pu lire. Plonger dans ce dédale de végétation et de biodiversité est un véritable plaisir des sens. Samuel est pédagogue. Il nous parle des techniques mises en place et des résultats. A notre tour, on vous emmène découvrir ce lieu, riche en biodiversité. Une belle inspiration pour tous ceux qui voudraient tendre vers une vie plus résiliente ou simplement un début d’autonomie alimentaire dans un coin de jardin. 

L’Oasis de Serendip : un lieu d’expérimentation et de transmission 

Les 12 Ha de forêt et de friche d’un seul tenant, forme un petit vallon, ce qui a permis de créer 6 parcelles d’expérimentation à la suite d’un an d’observation pour créer le design de Permaculture de l’Oasis. 

Design de Permaculture de l’Oasis de Serendip

Vergers maraichers et agro-foresterie. 

En contrebas de la ferme, on peut observer de jeunes arbres fruitiers en ligne le long des courbes de niveaux. Dans son design de permaculture, Samuel et son collègue Chan Sac ont utilisé des outils de permaculture comme l’échelle de la permanence et la Keyline design, inventés par A. Yeomans.  Cela permet de savoir dans quel ordre on s’y prend pour concevoir une parcelle pour atteindre la résilience. L’objectif du plan Keyline est de préparer le terrain pour éviter l’érosion, absorber rapidement et contenir une proportion croissante de ses précipitations. Le résultat de ce plan directeur stratégique est de régénérer et améliorer le paysage existant. 

L’échelle de la permanence par A. Yeomans utilisé pour établir le design de permaculture de l’oasis de Serendip.

Dans son design du système de vergers maraichers, Samuel utilise une baissière de 160m de long. Un fossé perpendiculaire à la pente qui retient l’eau de ruissellement et alimente en eau les parcelles en aval. 

Schéma d’une baissière qui permet de ralentir l’écoulement de l’eau et d’irriguer la végétation

En aval, on trouve une alternance de rangée d’arbres et de parcelles de maraichages. Sur chaque rangée d’arbres, des petites baissières ont été ajoutées. Ainsi, les arbres profitent de l’irrigation des parcelles de maraichages. Adossé à la Keyline, a été installé un autre système; la haie fruitière (concept de Evelyne Leterne, conservatoire végétale d’Aquitaine). C’est une alternance d’un arbre fruitier et de 3 arbres de haies endémiques (ou a minima spontanée). Cela créé un corridor écologique avec des haies diversifiés. Il permet de protéger et développer la biodiversité dans un micro climat frais et humide. 

Les résultats sont là

Avec un système d’irrigation passif, sans aucun intrants chimiques, les arbres fruitiers ont un taux de mortalité comparable à n’importe quel arboriculteur, qui eux irriguent. La Keyline protège du ravinement et de l’érosion des sols. Le système verger-maraichage permet une synergie efficace avec moins de ressources humaines et physiques qu’un système classique. Ce qui est d’ailleurs un des principes de base de la permaculture …

Les techniques utilisées sont simples, et ne requiert pas de technologies poussées. Elles tiennent du bon sens, modestement inspirée d’une longue observation de la Nature. Le savoir-faire acquis par Samuel lui permet de conjuguer habilement ces techniques en fonction des besoins de son terrain.

Des concepts à appliquer chez vous.

Schéma de principe d’un Oya

Que vous maitrisiez ou nous les techniques comme le Keyline design ou les baissières, si vous vous lancer dans la permaculture ou un potager permacole, pensez toujours à optimiser l’utilisation de l’eau. Par exemple, l’eau peut circuler à travers plusieurs plantations. Il existe aussi des moyens de diffuser l’eau progressivement comme les Oyas, afin de minimiser l’arrosage actif.

De plus, la permaculture protège la biodiversité, et permet à chacun de trouver sa place. En créant vos potagers, n’hésitez pas à vous mettre à la place des insectes et petits animaux pour qu’ils aient de quoi manger, se cacher etc. 

Système circulaire, mandala de plantes aromatiques et médicinales 

Thym, menthe, romarin, lavande, fraises des bois et j’en passe, se côtoient dans ce mandala 🙂

Une des raisons qui pousse tant de personnes à entreprendre une transition vers une vie plus résiliente, est la Santé. Une alimentation de qualité est un médicament très efficace. Et dans certains cas, les plantes médicinales sont les bienvenues. Quand on sait les utiliser à bon escient et intelligemment bien sur ! Alors quoi de mieux de les faire pousser soit-même?

Au cœur de ce qui deviendra une forêt d’arbres fruitiers se niche un mandala de plantes aromatiques et médicinales. Formidable support pédagogique pour les formations, l’initiation à la botanique, la sensibilisation à l’univers des plantes. Il fait aussi le bonheur des membres du collectif qui y trouvent de splendides herbes aromatiques et même quelques fraises des bois délicieuses. 

Et quel bonheur de récolter ses propres fruits, légumes et autres aromates !!

Les terrasses du paysage aquatique, un système ancien qui a fait ses preuves

Sur le chemin qui mène à la poétique forêt comestible, nous arrivons au troisième système : les terrasses cultivées, un système inspiré de techniques multi-millénaires pour optimiser la ressource en eau. 

à droite de la photo se trouve la première terrasses et ses plantations en maraichage, adossée aux arbres fruitiers

Ici 3 terrasses ont été creusés le long des courbes de niveau pour accueillir les parcelles de maraichage. Chaque goutte d’eau qui tombe sur les terrasses est absorbée et profite au maraichage. Ici aussi, des arbres ont été plantés. Cela permet de créer des systèmes agroforestiers variés et tout simplement de maintenir les talus entre les terrasses. Sur les terrasses, les techniques classiques de permaculture telles que le paillage et la couverture permanente sont utilisées dans les parcelles de maraichage.

Au bout du chemin le long des terrasses, se dresse un grand chêne, au moins centenaire. C’est là, le coeur de l’Oasis de Serendip! Ici, se niche un bassin où plantes aquatiques et poissons s’épanouissent à l’ombre du grand chêne. Le lieu fait rêver, mais il a aussi une vocation utile, accueillir la biodiversité en apportant à boire et à manger à tout ce petit peuple. 

Un peu plus haut se trouve les deux ânes du lieu et encore plus haut la forêt comestible que nous n’avons pas eu le temps de voir. Le concept est cependant assez simple. Le jardin-forêt ou forêt comestible est un système de culture qui s’inspirent d’une forêt naturelle. Cela permet de produire sur une surface condensée des aliments diversifiés ainsi qu’une source de matière organique conséquente, nécessaire à la production. Comme dans une forêt naturelle, ou la Nature plus généralement, il n’y a pas de déchet ! Plutôt ingénieux comme système non ? 

Schéma des étages du Jardin Forêt
Les 7 strates de la forêt comestible

Pari réussi: un éco-lieu pour expérimenter, apprendre et aussi rêver

Il faudra vraiment qu’on revienne pour terminer la visite, voir l’évolution des différents systèmes et la bâtisse qui va bientôt être rénover selon des principes d’éco-construction.

Nos connaissances en permaculture augmentent mais il nous reste tant à découvrir, alors on se dit qu’on se laissera peut être tenter par une formation. Samuel partage avec passion, on sait qu’on ne sera pas déçus. Et il faut dire qu’il y a le choix niveau formation : Potager à la mode permacole, Piloter son projet avec la permaculture humaine, Implanter un espace en permaculture, et bien d’autres… 

L’oasis de Serendip est un lieu où chacun est libre d’expérimenter, d’observer et d’apprendre. Samuel et ses compagnons d’aventures s’inspirent de scientifiques et naturalistes qui eux-mêmes ont expérimenté avant eux. Les résultats sont là, l’oasis regorgent d’espaces où se mêlent plantes qui s’épanouissent, animaux en tout genre et humains heureux. 

« Ça ne ressemble pas tout à fait au rêve, mais jamais nous ne voudrions retourner à notre vie d’avant, on est plus alignés avec nous-même et ça n’est pas fini »

Samuel Bonvoisin

Maintenant place à l’action et à l’observation!

Ce que l’on retient c’est que la permaculture n’est pas une science exacte. Certes, cela demande des connaissances et de l’observation mais chacun est capable d’expérimenter. Après tout, la nature a fait le plus gros du travail. Depuis la naissance des premières mousses, il y a 470 millions d’années, elle en a eu du temps pour expérimenter ! A nous de l’observer. 

Finalement, On repart avec une grosse envie d’un petit potager pour expérimenter à notre tour et appliquer un peu plus chaque jour cette jolie maxime de faire plus et plus souvent avec le vivant au lieu de lutter contre ! 

A bientôt pour d’autres aventures résilientes


Pour en savoir plus sur l’Oasis de Serendip, leur site est en lien ici et leur page Facebook ici.

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